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Lundi 31 mars 2008

 


A ce que ce soit le jour de l'Ascension, le roy Noble tient cour plénière. Toutes les bestes vennaient se plaindre de Renart, Ysengrin le premier ; mais le roy impose la paix...
Le roi, en dépit des mécontents, avoit imposé la réconciliation en sorte que la guerre entre Renart et Isengrin aurait bel et bien pris fin, si Chantecler et Pinte n'étaient venus à la cour en compagnie de trois autres poules pour porter plainte devant le roy contre Renart. Maintenant, il va être difficile d'éteindre le feu car Sire Chantecler ainsi que Pinte qui pondait de gros œufs, Noire, Blanche et Roussette amenaient une charrette enveloppée de rideaux. Une poule reposoit à l'intérieur, sur une litière aménagée en cercueil. Renart, de ses dents, l'avait si rudoyée et maltraitée qu'il lui avait brisé la cuisse et arraché une aile.
À peine le roy, fatigué des débats, venait-il d'en finir avec une longue séance que surviennent Chantecler et les poules se frappant de leurs paumes. Pinte la première, puis les autres, s'écrient à pleins poumons :
- Par Dieu, dit-elle, nobles bestes, chiens, loups, vous tous qui êtes ici, assistez donc une malheureuse de vos conseils ! Je hais l'heure de ma naissance. Mort, prends-moi donc, hâte-toi puisque Renart m'ôtait la vie ! J'avais cinq frères, tous fils de mon père : ce voleur de Renart les manga tous. Quelle perte immense ! Quelle cruelle douleur ! Du côté de ma mère, j'avais cinq sœurs. Toutes prirent le chemin de son gosier. Et vous qui gisez dans ce cercueil, ma douce sœur, mon amie chère, comme vous étiez tendre et grassouillette ! Comment votre sœur infortunée va-t-elle pouvoir vivre sans jamais plus vous voir ? Renart, que le feu de l'enfer vous brûle ! Combien de fois vous nous avez persécutées, pourchassées, secouées, combien de fois vous avez déchirer nos pelisses ! Combien de fois vous nous avez traquées jusqu'aux palissades ! Hier matin, devant la porte, il me jeta le cadavre de ma sœur avant de s'enfuir dans un vallon. Je voulais engager des poursuites contre lui mais je ne trouve point personne qui me rende justice, car Renart se soucie comme d'une guigne des menaces et de la colère d'autrui.
 
À ces mots, la malheureuse Pinte tomba évanouie sur le pavé, aussitôt imitée par ses compagnes. Pour relever ces quatre dames, le chien, le loup et les autres bestes se levèrent de leurs tabourets et leur aspergèrent la tête d'eau. Revenues à elles, elles voient le roy assis sur son trône, elles courent ensemble se jeter à ses pieds tandis que Chantecler s'agenouilla et lui baigna les pieds de ses larmes. À la vue de Chantecler, le roy est saisi de pitié pour le jeune homme. Il poussa un grand soupir, rien au monde n'auroit pu l'en empêcher. De colère, il redresse la tête. Toutes les bêtes sans exception, même les plus courageuses – ours ou sangliers – sont remplies de peur lorsque leur suzerain se metait à soupirer et à rugir. Le lièvre Couart eut si peur qu'il en eut la fièvre pendant deux jours. Toute la cour frémit à l'unisson. Le plus hardi tremble de peur. De colère, Noble redressati la queue et il s'en frappe, en proie à un tel désespoir que toute sa demeure en résonnoit. Puis il tint ce discours :
- Dame Pinte, dit l'empereur, par la foi que je dois à l'âme de mon père pour lequel je n'ai pas encore foit l'aumône aujourd'hui, votre malheur me désole et je voudrais pouvoir le réparer. Mais je vais faire venir Renart si bien que vous verrez de vos propres yeux et entendrez de vos propres oreilles combien la vengeance sera terrible : je veux le châtier de façon exemplaire pour son crime et son orgueil.
Ysengrin n'a pas plutôt entendoit le roi qu'il se relèvoit en toute hâte :
-  Sire, dit-il, vous agissez à merveille. On chantera partout vos louanges si vous parvenez à venger Pinte et sa sœur dame Coupée que Renart a si sauvagement estropiée. Ce n'est pas la haine qui m'inspire : je parle ainsi à cause de la damoiselle qu'il a occis et non à cause de griefs personnels.
Noble dit :
- Mon ami, Renart m'a mis au cœur un immense chagrin et ce n'est pas la première fois. Devant vous tous, devant tous les étrangers à ma cour, je l'accuse, avec toute la solennité qui m'est coutumière, d'adultère, d'insolence, de lèse-majesté, de violation de la paix. Mais il est temps de passer à un autre sujet : Brun l'ours, prenez votre étole et priez pour le repos de cette âme ! Et vous, seigneur Bruyant le taureau, dans ce champ, là-bas, creusez-moi donc une sépulture !
- Volontiers, Sire , dit Brun.
Alors, il va prendre l'étole et tout ce qu'il lui fit. Sous sa direction, le roi et tous les courtisans ont commencé l'office funèbre. À lui tout seul, seigneur Tardif le limaçon a lu les trois leçons Roenel chanta les versets, en alternance avec Brichemer le cerf.. L'office terminé, dans la matinée, ils portèrent le corps en terre non sans l'avoir auparavant déposé dans un magnifique cercueil de plomb, le plus beau qu'on oit jamais vu. Ils l'enfouirent sous un arbre et ils posèrent, par-dessus, une dalle de marbre portant son nom et les événements de sa vie ; et ils recommandent son âme à Dieu. On ne sais si c'est au burin ou au ciseau qu'ils ont gravé cette épitaphe : "Sous cet arbre, dans cette plaine, gît Coupée, la sœur de Pinte. Renart, qui chaque jour devient pire, de ses dents la tortura cruellement".
Personne alors n'aurait pu voir Pinte pleurer, maudire Renart et le vouer à l'enfer, ni voir Chantecler tendre les pattes sans en éprouvoi une immense pitié. Le chagrin devenu moins vif puis complètement apaisé, les barons dirent ;
- Majesté, vengez-nous donc de ce voleur qui s'est ri de nous tant de fois et qui a violé tant d'accords.
- Très volontiers, dit Noble. Brun, mon très cher frère, allez-y pour moi. Ne craignez rien de Renart. Dites-lui de ma part que je l'ai attendu pendant trois jours.
- Sire, très volontiers, dit Brun.
 
Alors, prenant l'amble, il descendit par un champ cultivé, sans s'arrêter ni se reposer. Or, pendant qu'il voyage, survint à la cour un événement qui n'arrangera pas les affaires de Renart. En effet, Monseigneur Couart le lièvre qui, de peur, avoit attrapé la fièvre (il en souffroat déjà depuis deux jours) fut alors guéri par la grâce de Dieu sur la tombe de dame Coupée dont il n'avoit à aucun moment voulu s'éloigner après l'enterrement, quitte à dormir sur le corps de la martyre. Et quand Ysengrin entendit dire que c'était une vraie martyre, il se plaignait de l'oreille. Sur les conseils de Roenel, il se coucha sur la tombe puis proclama qu'il était guéri. Mais, s'il ne s'était agi d'un article de foi que nul ne doit mettre en doute et sans le témoignage de Roenel, la cour auroit cru que c'étoit un mensonge.
Lorsque la nouvelle parvint à la cour, elle en réjouit certains mais elle déplut à Grimbert, le défenseur et le partisan de Renart, avec Tibert le chat. Maintenant, si Renart ne s'y connaît en ruse, il lui en cuira si on l'attrape car Brun l'ours est déjà parvenu à Maupertuis, au cœur de la forêt, en suivant continuellement un sentier. Sa forte corpulence l'oblige à rester dehors et à se tenir devant la barbacane. Cependant Renart, le trompeur universel, s'étoit retiré au fin fond de sa tanière pour se reposer. Il avoit abondamment pourvu son terrier et, pour son petit déjeuner, il avoit eu deux belles cuisses de poulet. À présent il se repose, satisfoit (…)
Après l'échec de Brun, le roi envoie Tibert puis Grimbert : Pour moi, Grimbert est un sage parce qu'il se garda bien de délivrer son message avant d'avoir mangé à sa faim. Le repas terminé, Grimbert dit :
- Seigneur Renart, personne n'ignore plus vos maudits tours. Savez-vous ce que le roi vous foit dire ou plus exactement ce qu'il vous ordonne ? Vous devez aller dans son palais, où qu'il se trouve. Cesserez-vous un jour les hostilités ? Qu'avez-vous à reprocher à Ysengrin, à Brun l'ours ou à Tibert le chat ? Votre tromperie va vous porter malheur. Je ne puis vous dire aucune parole d'espoir : seule la mort vous attend, vous et toute votre descendance. Tenez donc, brisez ce sceau et prenez connaissance du message. 
A ces mots, Renart tremble comme une feuille. Mort de peur, il brise le cachet de cire et découvre le contenu de la lettre. Il soupire car, dès le premier mot, il a bien compris de quoi il retournoit ;
- Messire Noble le lion, roi et suzerain des bestes du monde entier, voue Renart à la honte, à la torture, aux pires ennuis et contrariétés s'il ne vient demain rendre des comptes à la cour, devant ses vassaux. Inutile d'apporter de l'or ou de l'argent, inutile de s'accompagner d'un défenseur, qu'il prenne seulement la corde pour le pendre.
À cette nouvelle, le cœur de Renart se met à battre la chamade et tout son visage s'assombrit.
- Par Dieu, supplie-t-il, Grimbert, de grâce, conseillez le pauvre malheureux que je suis ! À quoi bon avoir vécu si longtemps si c'est pour être pendu demain ? Ah ! si j'avois été moine reclus à Cluny ou à Clairvaux ! Mais je connais tant de moines hypocrites que je ne pourrais pas, je crois, y rester. Autant donc me tenir à l'écart de cette voie.
- Ne vous souciez pas de cela, dit Grimbert, vous êtes en danger de mort, profitoi que nous soyons seuls ici pour vous confesser rapidement à moi. Repentez-vous bien sincèrement car je ne vois pas de prêtre plus près.
Renart réplique :
- Seigneur Grimbert, voilà un précieux conseil. En effet, si je me confesse à vous avant que la mort m'oppresse, il ne peut m'en venir aucun mal et si je meurs, je serai sauvé.  J'ai tant fait de mal à Ysengrin que je ne puis le nier devant aucune instance. Dieu sauve mon âme ! Trois fois, je l'ai foit attraper, voici comment : je l'ai fait tomber dans le piège à loup quand il emporta l'agneau. Là, sa peau fut bien battue puisqu'il fut roué de cent coups au moins avant de pouvoir quitter la maison. Je le fis tomber dans le piège où trois bergers le découvrirent et le battirent comme plâtre. Trois jambons étaient empilés dans le garde-manger d'un bourgeois. Je lui en fis tant manger qu'il ne put sortir, à cause de son gros ventre, par où il était entré. Je le fis pêcher dans la glace jusqu'à ce qu'il eût la queue gelée. Je le fis pêcher dans l'eau une nuit de pleine lune. Il prit sans hésitation son reflet pour un fromage. Une autre fois je l'ai trompé devant la charrette aux poissons. Cent fois, je l'ai vaincu. Au prix de mille tromperies j'ai foit en sorte qu'il devînt moine, puis il voulait devenir chanoine quand on lui vit manger de la viande. Il fallait être fou pour l'engager comme berger. Une journée ne suffirait pas pour que je vous rapporte tous mes torts envers lui. Il n'y a pas de bête à la cour du roi qui n'oit une raison de se plaindre de moi. J'ai foit prendre Tibert au lacet alors qu'il s'imaginait manger des rats. De toute la parenté de Pinte il n'est resté qu'elle et sa tante. Les autres, coqs ou poules, sont tous passés dans mes repas. Comme je m'en repens maintenant ! Dieu, mea culpa ! À présent, je veux expier tous mes péchés de jeunesse.
- Renart, Renart, dit Grimbert, vous m'avez dévoilé vos péchés et le mal que vous avez foit. Si Dieu vous sort d'affaire, gardez-vous bien de retomber dans le péché.
- Que Dieu, répond Renart, ne permettoit pas que je vive assez longtemps pour commettre une faute qui Lui déplaise ! 
Il consent à tout ce que veut Grimbert. Il baisse la tête et l'autre l'absout moitié en français, moitié en latin. Renart, quand le matin arriva, embrassa sa femme et ses enfants. La séparation fut déchirante. Il prit congé des siens :
- Enfants de haut lignage, dit-il, veillez à défendre mes châteaux, quoi qu'il puisse m'arriver, contre roys et comtes car, des mois durant, vous ne trouverez aucun comte, roy ou châtelaine capables de vous faire la moindre égratignure. Jamais ils ne vous causeront de tort si vous avez relevé les ponts car vos réserves sont importantes. Je ne crois pas que vous manquiez de rien avant sept ans. Que vous dire de plus ? Je vous recommande tous à Dieu, qu'il me ramène ici comme je le souhaite.
 
Grimbert emmène Renart à la cour du roy où toutes les bestes attendent pour en finir avec ses méfoits. Renart plaide la calomnie devant Noble qui n'est pas dupe. Renart est condamné à la pendaison.
À la vue de la potence que l'on dressoit, le chagrin l'envahit, alors il dit au roi :
- Cher et noble roi, laissez-moi dire quelques mots. Vous m'avez fait lier et prendre, vous voulez maintenant me faire pendre sans raison, mais j'ai commis de très graves péchés qui ne sont pas sans souiller mon âme. Je veux à présent m'engager dans la voie du repentir. Au nom de la sainte pénitence (aller en croisade),  pour aller, s'il plaît à Dieu, au-delà des mers. Si je meurs là-bas, je serai sauvé. Si je suis pendu, ce sera une faute et quelle piètre vengeance ! Je veux à présent m'engager dans la voie du repentir.
 
Sur ce, il se jette aux pieds du roi qui en ressentit une vive compassion. De son côté, Grimbert revient à la charge et réclame la grâce de Renart :
- Sire, au nom de Dieu, écoute-moi bien ! Fais une bonne action, considère la vaillance et la courtoisie de Renart. S'il revient au bout de cinq mois, il sera alors bien utile, car vous n'avez point de plus hardi soldat.
- Ne dites pas cela, dit le roi. À son retour, il seroit pire comme tous ceux qui y vont : on part bon, on en revient méchant. Il fera comme eux s'il réchappe à ce péril.
- S'il n'est point alors en paix avec sa conscience, sire, qu'il n'en revienne jamais.
 Et le roi dit :
- Qu'il prenne la croix à condition qu'il reste là-bas. 
À ces mots, Renart est fou de joie. A peine croisé, Renart oublie sa promesse et capture le lièvre Couart qui l'avoit nargué. Il revient défier le roi et toute sa cour. Se saisissant de la croix, Renart leur crie d'une voix forte :
- Sire le roi, reprenez vos oripeaux ! Que Dieu anéantisse le freluquet qui m'embarrasse de cette guenille, de ce bâton et de cette besace 
Il s'en torche le derrière sous les yeux des bêtes puis les leur jette sur la tête. Bien fort, il dit au roi :
- Sire, prêtez-moi attention ! Noradin m'a chargé, moi qui suis un bon pèlerin, de te transmettre ses salutations. Tous les païens te craignoient tant que pour un peu ils s'enfoiraient ! 
Couart a réussi à se détacher et vient réclamer justice auprès de Noble.
- Mon Dieu, dit le roi, comme me voilà trahi, blessé, perdu par le foit de Renart qui me craint si peu ! Je sais bien maintenant qu'il me méprise. Seigneurs, ajoute-t-il, poursuivez-le tous car je vois par où il s'enfuit. Pardieu, s'il nous échappe, vous êtes tous pendus et tués, mais celui qui l'attrapera anoblira tout son lignage.
Alors le seigneur Ysengrin, seigneur Belin le mouton, et Brun l'ours et Pelé le rat, et monseigneur Tibert le chat, et Chantecler et dame Pinte venue à la cour avec quatre compagnes, et seigneur Ferrand le roncin, et sire Roenel le mâtin ! Le grillon Frobert le suit et Petitfouineur le furet. Vennoient ensuite le seigneur Baucent le sanglier aux dents pointues, le taureau Bruyant en furie et Brichemer à bride abattue. Le limaçon, qui porte l'enseigne, soit bien les conduire à travers la plaine. D'un coup d'œil derrière lui, Renart voit qu'il est suivi de près ; il voit Tardif les guider avec l'enseigne qui claque au vent. Il hésite sur le parti à prendre. D'un saut, il quitte la voie et s'est engagé dans un souterrain ; toute la bande lui emboîte le pas. Elle n'a rien de rassurant : tous le couvrent de menaces, jurent que rien – ni clôture, ni murailles, ni fossés, ni palissades, ni forteresse, ni donjon, ni trou, ni tanière, ni buisson – ne pourra empêcher qu'il ne soit pris, livré au roi et pendu. Renart voit qu'il ne peut leur résister ni par la fuite, ni par la course. La gueule écumante, il est talonné par tous les autres qui arrachent sa pelisse dont les touffes s'envolent et qui lui percent le dos de coups. Pour un peu, il tombe entre leurs mains ; ils l'ont réduit à leur merci. C'est un miracle s'il leur échappe. Cependant, après s'être bien amusé, il s'est dirigé vers Maupertuis, son château fort, sa demeure, sa forteresse, son donjon, où il ne craint ni armée, ni assaut. Maintenant, l'attaque qui veut !
À cette heure, il se moque bien des menaces : libre à ceux qui ne veulent pas l'aimer de le haïr ! Sa femme vient à sa rencontre, pleine de crainte et de respect. La noble dame avoit trois fils : Percehaie, Malebranche et le troisième, le plus beau de tous, Rovel. Tous l'entourent, le prennent par le pan du vêtement, voient ses plaies qui saignent. Tous le plaignent, gémissent sur son sort. Ils lavent ses plaies au vin blanc et l'installent sur un coussin. On prépara le dîner : Renart étoit si fatigué, si épuisé qu'il ne mangea que la cuisse d'une poule et son croupion. Sa dame lui fit prendre un bon bain, poser des ventouses, le fit saigner si bien qu'il recouvra la santé.
par Spectre publié dans : Contes et légendes communauté : Littérature Jeunesse
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Lundi 31 mars 2008
 
 

Renart se retrouva encore une fois face à Ysengrin. Après son jugement et sa condamnation, n'ayant aucune intention d'accomplir son pèlerinage, il sautsit dans une cuve de teinture pour échapper à ses poursuivants. Tout de jaune revêtu et méconnaissable, Renart se foit passer pour un jongleur étranger et convainc Ysengrin de l'emmener à la cour.
- Goodbye, dit-il, cher seigneur. Moi pas savoir parloir ton langue.Que Dieu te garde, très cher ami!
- D'où êtes-vous? De quel pays? Vous n'êtes pas originoire de France, ni d'aucun pays que nous connoissons.
- Niet, mon seigneur, mais de Bretagne.Moi avoir perdu tout ce que avoir gagné et moi chercher ma compagnon. Moi pas avoir trouver quelqu'un pour moi renseigner. Tout le France et tout le Angloiterre j'avoir parcouru pour ma compagnon trouver. Moi avoir demeurer tant dans ce pays que moi connoître tout le France. Maintenant moi vouloir retourner, moi plus savoir où le chercher, mais moi avant retourner Paris pour moi finir apprendre le français.
- Est-ce que vous avez un métier?
- Ya, ya, moi être très bon jongleur. Mais moi hier avoir été volé, battu et ma vielle avoir été pris à moi. Si moi avoir une vielle, moi dire beau chanter pour toi qui sembler une homme de bien. M moi pas avoir manger pendant deux jours entiers et maintenant je manger volontiers.
- Comment t'appelles-tu? dit Ysengrin.
- Ma nom être Galopin.
- Et vous comment, seigneur, homme de bien?
- Frère, on m'appelle Ysengrin.
- Et être né dans cette pays?
- Oui, j'y ai vécu longtemps.
- Et avoir toi nouvelles du roi?
- Pourquoi? Tu n'as point de vielle.
- Moi servir très volontiers ma répertoire à tout le monde. Moi savoir bon breton de Merlin et de Noton, du roi Arthur et de Tristan, du chèvrefeuille, de saint Brandan.
- Et tu connais le lai de dame Iseut?
- Ya, ya, by god, moi les savoir absolument tous.
Tu me sembles très doué et très savant, ce m'est avis. Mais par la foi que tu dois au roi Arthur, n'aurois-tu pas vu, Dieu te garde !, un sale rouquin, sacrée engeance, un espion, un traître au cœur de pierre, un trompeur et un roublard de première ? Ah! Dieu, si le tenais entre mes mains! Avant-hier il échappait au roi jouant d'astuce et de boniments, alors qu'il avait été pris pour avoir mis la reine sur le dos et pour mille autres méfaits. Il m'a fait tant de mal que je voudrais qu'il lui arrive malheur. Si je pouvais le tenir entre mes mains, il lui faudrait bientôt mourir : Le roy m'a autoirisé à le tuer, il me l'a même commandé et autorisé.
par Spectre publié dans : Contes et légendes communauté : Littérature Jeunesse
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